Mots parasites : les repérer dans sa parole
Tout le monde connaît la liste. Presque personne ne s’entend les dire. Le problème n’est pas de savoir que « du coup » existe : c’est de savoir combien de fois tu l’as dit ce matin.
Deux familles, qui ne se traitent pas pareil
On range sous le même nom des choses très différentes. Takinn les sépare en deux catégories, parce qu’elles ne se corrigent pas de la même façon.
Celles qui sont toujours du remplissage
Ces formes n’ont aucun autre emploi à l’oral. Quand elles sortent, elles ne portent aucune information : elles occupent le temps.
- Les hésitations pures : euh, heu, hum, bah, ben, hein.
- Les appels à l’auditeur : tu vois, tu sais, vous voyez, je veux dire. Elles ont l’air de s’adresser à l’autre, mais elles ne demandent rien — elles cherchent une approbation qui permet de continuer.
Celles qui dépendent du contexte
Celles-là ont un vrai sens, et les compter systématiquement serait une erreur. Du coup, en fait, en gros, genre, voilà, quoi, après, enfin, disons, limite, carrément, style, truc.
Compare :
« Le serveur était saturé, du coup la page ne répondait plus. »
Ici, « du coup » énonce une conséquence. C’est un mot de liaison, il fait son travail.
« Du coup moi je pense que du coup c’est mieux comme ça, du coup. »
Ici, il ne relie rien. Il démarre une phrase, il la ponctue, il la termine. C’est du remplissage, et c’est cette occurrence-là qu’il faut compter.
Takinn regarde donc ce qu’il y a autour avant de décider. C’est ce qui évite le compteur absurde qui t’annonce quarante fautes parce que tu as construit des phrases correctes.
Pourquoi tu ne t’entends pas les dire
Parce que tu écoutes ton idée, pas ta phrase. Pendant que tu parles, presque toute ton attention sert à construire la suite. Les mots de remplissage sont justement ceux que tu produis sans y penser — c’est leur fonction. Ils passent donc sous ton propre radar.
On s’entend d’ailleurs bien mieux chez les autres. C’est le même phénomène : quand tu écoutes quelqu’un, tu n’as pas à fabriquer la phrase, ton attention est libre pour la forme.
La conséquence pratique est simple : l’introspection ne suffit pas. Demander « est-ce que je dis beaucoup du coup ? » ne donne jamais de réponse fiable. Il faut un enregistrement, et il faut que quelqu’un ou quelque chose compte à ta place.
Le total compte moins que l’endroit
Huit occurrences réparties sur une minute se remarquent à peine. Quatre concentrées sur la même phrase la rendent pénible. C’est pourquoi un compteur nu — « 11 mots parasites » — ne sert pas à grand-chose.
Ce qui sert, c’est le repère temporel de chaque occurrence. Tu réécoutes le passage, tu l’entends, et là seulement ça devient corrigeable. Entendre une fois sa propre voix dire « du coup » trois fois en dix secondes fait plus d’effet que n’importe quel conseil.
Comme repère, la grille de Takinn lit la fréquence ainsi :
- Jusqu’à 2 par minute : c’est propre, rien ne parasite ton propos.
- De 3 à 6 par minute : ça revient régulièrement, on le remarque sans être gêné.
- Au-delà de 6 par minute : ça s’entend, et ça donne l’impression que tu cherches tes mots.
Les corriger sans devenir mécanique
L’erreur classique est de se mettre en chasse pendant qu’on parle. Ça produit une parole raide, hachée, où l’on voit la personne éviter ses propres mots. Le remède est pire que le mal.
Ce qui fonctionne est indirect :
- Vise-en un seul à la fois. Celui qui revient le plus. Les autres baissent souvent tout seuls, parce qu’ils ont la même cause.
- Remplace par un silence, pas par un autre mot. Sinon tu déplaces simplement le problème : le « du coup » supprimé revient en « donc ».
- Travaille le début de tes phrases. La majorité des occurrences sont en attaque : elles servent à lancer la phrase avant de savoir où elle va. Un démarrage plus lent les fait disparaître par lui-même.
- Recommence le même exercice. Une prise ne dit pas grand-chose. Trois prises sur le même sujet montrent si le nombre baisse réellement ou si c’était un bon jour.